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Le sanglier, un animal dangereux ?

 
 
 

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Extrait du roman de chasse " le contre-pied " de Jean-Paul Bouchet

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Précision: Yves est un chasseur novice !


Jour J, mais pas tout à fait heure H ! Yves regarda sa montre : encore cinq minutes ! Tambeault s’excitait dans l’express et grattait les vitres. C’était mieux car sa première réaction d’impatience avait été de bouffer la garniture des sièges.

Première constatation : ne pas sortir la carabine de son étui à l’avance, ce simple geste entraînait un réflexe furieux et Pavlovien du chien de chasse passionné.

Un coup de fusil résonna dans les marais et un vol de canards passa juste au-dessus de la crête : un enragé de la gâchette avait anticipé de quelques minutes l’heure légale de l’ouverture, c’était déjà comme ça vingt huit ans auparavant ! Encore quatre minutes ! Se rappeler les consignes… Et éviter la charge du grand sanglier. Sympa, la dernière recommandation du Grenouilleux quand il partait se placer avec Raymond ! Par la vitre baissée, il lui avait
donné un ultime conseil :

- J’ai oublié de te dire que Tambeault a un petit défaut. Ce n’est pas grave mais il faut que tu le saches : quand il se fait charger, il a la petoche et a la fâcheuse manie de se réfugier entre les jambes de son meneur pour se mettre à l’abri de l’attaque. C’est ainsi que je me suis retrouvé à califourchon sur un ragot de cinquante kilos. Tu te souviens, Raymond ?

Oui ! Raymond se souvenait car il avait ri de concert avec le cavalier improvisé. Il avait ajouté :

- Si le chien revient vers toi à toute vitesse, la queue entre les jambes, fais vite un saut de côté !

Yves pensa que si la plaisanterie n’était pas grave avec un sanglier de taille modeste, ce genre d’exercice équestre pouvait avoir des conséquences fâcheuses avec un vieux solitaire bougon.

Il y eut encore un coup de feu, puis un doublé, et enfin des crépitements de détonations sur les étangs et les marais. C’était l’heure H ! Il fallait choper par le collier Tambeault, au comble de l’hystérie, pour pouvoir l’attacher à la laisse !

Ce fut plus facile que prévu car l’excité s était emmailloté et ligoté dans une ceinture de sécurité !

Yves, la carabine à l’épaule, se fit tracter par le bruno qui tirait comme un bœuf en soufflant tel un phoque jusqu’au faux-fuyant. Après quelques toussotements rauques à la limite des vomissements, l’époumoné décida enfin de flairer la piste. La badine de noisetier qui servait de témoin était bien par terre : le vieux solitaire était passé par-là cette nuit !

Deuxième constatation : le sanglier n’était pas le seul à emprunter ce passage car en plus de l’empreinte monstrueuse et luisante de boue du vieux solitaire, Yves distingua la trace plus modeste d’un chevreuil. Il se souvint des paroles du Grenouilleux : « Il ne faut pas qu’il parte au cul d’un chevreuil avant d’avoir senti la trace du sanglier. » Bravo ! C’était évident sauf si les deux traces se superposaient ! Que faire sinon rien ! Oui ! Vérifier que le chien ne prend pas le contre ! Miracle ! Il ne le prenait pas et tirait sur la laisse dans le bon sens en « ouinant ». Ouvrir le mousqueton ! Tambeault libéré partit comme une flèche en hurlant une rage trop longtemps retenue.
Le vent ! Il n’avait pas « pris » le vent, de toute manière, c’était trop tard !
la chasse monta droit vers la crête où ses deux compagnons étaient postés. C’était une belle menée, il allait entendre claquer bientôt les coups de carabine ! Non ! Un braillement de surprise précéda un hurlement lancinant : le sanglier tenait le ferme ! La clameur se répéta encore plusieurs fois puis ce fut le silence troublé par quelques coups de feu sporadiques dans les marais.
Aller au ferme ! Il devait aller sur le ferme à bon vent, « dans la figure, pour ne pas que ton odeur lui chatouille le groin. » Troisième constatation : non seulement il n’y avait pas de vent mais Yves ne savait plus où se trouvait Tambeault car il n’aboyait plus. Il décida de monter la côte en direction des derniers hurlements. Il entendit enfin une bordée de jappements hargneux puis le tintement du grelot, toujours au même endroit. Il se dirigea dans cette direction. Le fourré devenait de plus en
plus épais et les broussailles entravaient sa progression. Il bourra de l’épaule un massif d’épines noires et aperçut enfin le chien qui se mit de nouveau à s’égosiller en regardant fixement un roncier. Le sanglier était baugé à cet endroit, juste devant lui, à moins de dix mètres ! Il épaula et Tambeault, rassuré par une présence humaine, laissa déborder sa haine en se jetant
furieusement dans le buisson. Il y eut des grognements, des hurlements, des craquements puis les broussailles s’écartèrent et la tête grise du vieux solitaire apparut juste dans sa ligne de visée. Il sentait sous son doigt le contact de la détente, il allait tirer mais le bruno s’excitait de plus en plus en s’intercalant entre la cible et le canon de carabine à la vitesse d’un feu follet. A chaque fraction de seconde, apparaissaient dans son champ de tir soit la hure du sanglier, soit le corps du chien. Il tremblait d’émotion. Non ! Il ne pouvait pas lâcher une balle sans risque, il devait attendre, attendre qu’il… parte… Il était parti ! Mais avec Tambeault qui lui mordait le flanc… C’était fini !... Il ne le voyait plus ! Il suivit du bout du canon les ronces qui s’agitaient encore. Les aboiements devinrent plus
hargneux et c’est à ce moment qu’il entendit un coup de fusil puis presque aussitôt un second… La chasse continua, il jura mais une troisième détonation lui redonna de l’espoir. Il s’appuya contre un arbre en tremblant d’émotion et en se retenant de respirer pour mieux écouter. La chasse s’était arrêtée… Ou avait passé la crête… Non ! Un long coup de trompe suivi de rigodons annonça la mort du grand sanglier et la fin de la traque.
Il remonta la côte en courant et aperçut d’abord Raymond qui gesticulait en tous sens. Arrivé vers lui, Yves remarqua sa mine déconfite.

- Qu’est ce qui te prend ? Tu n’as pas entendu les coups de trompe ? Le Grenouilleux vient de tuer le solitaire !

Il se tortillait sur place.

- Je m’en veux, tu ne peux pas savoir comme je m’en veux ! Je l’ai raté beau, en plein à découvert, il n’allait pas vite…
Il n’arrivait plus à parler et reprit sa respiration. Il était au bord de la syncope.

- Calme-toi ! Ce n’est pas grave puisque le Grenouilleux l’a tiré après toi.

Le vieux chasseur agita la tête dans un geste de négation et lâcha d’un coup avec un spasme de la voix.

- Ce n’est pas lui ! C’est…
- C’est qui alors ?
- Ravier !

Cette révélation l’avait libéré mais ce fut Yves, abasourdi par la
déception, qui ne trouvait plus ses mots.

- Ravier ? Mais…

- Oui ! Je l’ai vu ce matin, il était posté sur la limite, à la borne pointue. Il attendait qu’on lâche le chien. Je m’en veux, tu ne peux pas savoir ! Un sanglier pareil ! A mon âge, je ne reverrai plus le même !

- On va aller le voir, on croisera sûrement le Grenouilleux.

- La gueule qu’il doit faire ! C’est le pire qui puisse arriver ! Si je n’avais fait que le rater, passe encore, mais se le faire toquer sous le nez par…

Le pauvre n’osait même plus prononcer le nom de Ravier qui sonnait à ses oreilles comme un blasphème. La progression sur la ligne de crête devenait laborieuse car Raymond s’arrêtait toutes les minutes pour laisser libre cours à ses lamentations en gémissant des bribes de phrases.

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Bonjour Bouchet,
Il me semble que tu est du jura,j'ai vu que tu met des extraies de ton livre sur plusieurs forum tu te fait de la pub gratos.
Cordialement

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